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 Smells like Teen Spirit [participation à l'event Version Longue - terminé]

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Malik
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MessageSujet: Smells like Teen Spirit [participation à l'event Version Longue - terminé]   Ven 3 Nov - 0:22

Bon... c'est le moment de parler de moi. De faire le point. D'arrêter un peu la poésie et d'en revenir aux faits. J'suis crevé, décédé, dead, défunt, cramé, parti, trépassé, cané, inerte, bref, je suis mort. Ouais, j'aime pas trop dire ça non plus, je me sens relativement peu mort... ou disons, je me sens même presque vivant. Je respire, je touche, je vois, je me sens (bien ou mal, mais je me sens), enfin, que des trucs que je ne devrais pas trop expérimenter dans le néant. Donc j'existe, cartésien soyez fier, et donc j'ai le temps de penser à pourquoi.

  J'aimerai commencer par la fin. Relier tous les fils un à un à l'ultime point. Mais j'ai pitié de l'éventuel lecteur - surtout si celui-ci s'attend à quelque chose d'écrit avec soin. Donc, reprenons et surtout, commençons par le commencement.

  Je suis né en 1988, à la fin du deuxième mandat de Mitterrand, dans un putain de "quartier difficile", une "banlieue rouge", une ZUP d'une ville ouvrière sur le déclin qui n'était pas encore célèbre pour ses voitures brûlées et son nombre de délits par habitant. 11 février 1988 pour être précis. Un jour je me suis demandé si je partageais mon anniversaire avec quelques personnalités : Dieudonné M'Bala M'Bala, l'humoriste misanthrope - que j'irai voir à la Main d'Or à l'aube des années 2000 et dont je n'apprendrai jamais les "dérives antisémites" après mon départ du pays ; Varg Vikernes, musicien de génie et meurtrier anti-chrétien néo-nazi ; et Didier Lockwood, violoniste jazz révélé par Magma qui a cette chance de ne pas avoir une image méritée d'ordure auprès du public. Avec ça, qu'est-ce qu'on peut prévoir de mon avenir ? Né Malik Yahiaoui, en '88, à une époque où les Béruriers Noirs arrivaient à rassembler autour d'eux une belle frange de la jeunesse pour hurler "plus jamais de 20%", comme un dernier triomphe punk contre le racisme, avant que peu à peu, islamophobie et haine des migrants deviennent une norme en France... ouais, ça sentait déjà le roussi.
 Mes parents m'aimaient. L'amour est une valeur fondamentale, c'est ça qui leur permettait de tenir dans la pauvreté, d'élever leurs enfants tout en luttant contre des administrations grippées, des boulots précaires, des conditions de vie absurdes dans ces blocs de béton. Ils aimaient et ça permet de tenir, et leur foi en un soufisme sunnite poétique les guidait, guidait leur amour, pour qu'ils ne s'égarent jamais. Ils m'ont transmit de belles idées, que la vie s'acharnait à démolir.
 Démolir des idées. L'école, ses profs dépressifs déchirés par la vie, le café, le prozac, le pastaga, déchirés par les parents d'élèves qui ne les respectaient pas, par les élèves qui suivent bien l'éducation parentale, déchirés par ce cadre de vie qu'ils partageaient avec les parents et les élèves en question, et qu'ils supportaient encore moins que nous... La vie en cité mon ami, ça peut ruiner les meilleurs des hommes. Et plus ils voyaient l'échec de la République en laquelle ils avaient cru ou croyaient encore, et ça se ressentait, et nous, de la maternelle au bac, on aura jamais cru à cette morale républicaine. Puis, avec l'école vinrent mes pairs, mes potes, mes srabs, mes frères, mes potos, mes anciens, tous aussi perdus que moi - il n'y a pas de voie viable en cité, que des gens perdus. On matais les "grands du tiekss" : les ados qui faisaient du wheeling pour nous impressionner, les darons qui faisaient un basket entre le boulot et la maison et les jeunes adultes qui nous adressaient des clins d’œil depuis des bagnoles rutilantes. Parce qu'au quartier, mieux vaut une voiture en parfait état et un appartement en ruine que l'inverse... question d'image ! Et puis il y eut ce douze juillet de l'an de grâce mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit. J'avais dix piges, si vous vous souvenez bien, et j'ai ressenti la joie, avec mes parents, avec les amis, avec les grands du quartier. La victoire de la France, 3-0, face au Brésil. On était tous heureux.

 Et à la fin de l'année, avec la mort de Pipo, pour la première fois dans ma vie, je verrai à la télévision des voitures brûler.

 Puis on a grandit. Les premiers vols, de bonbons ou de canettes dans des supermarchés. L'an 2000. Les premières clopes. Le 11 septembre 2001. Les premiers joints. Le passage à l'euro. Les premières Heineken, les premières vodkas, c'est pas hlel tout ça. Le hip-hop devient un phénomène de masse en France - on s'en rend pas compte, mais on voit nos artistes à la télé. Sarko, ministre de l'Intérieur, parle de nettoyer les cités au Karcher. On est le 25 octobre 2005 quand il promet de nous "débarrasser d'une bande de racaille" qui l'insultent à la télévision. Deux jours plus tard, Zyed et Bouna trouveront la mort dans un transformateur électrique. Double meurtre d'enfants dont la responsabilité policière évidente n'amènera à aucune condamnation. Et tout va enfin péter.
 A partir de cet instant les voitures crament, de plus en plus, et je participe aux blocages lycéens d'un côté - le crâne encore rasé et un diamant à l'oreille à se prétendre anarchiste engagé - et aux émeutes de l'autre. Ouais, j'ai brûlé des caisses, ça te choque ? C'est parce que tu n'y étais pas... tu n'as pas senti ces flammes comme un feu de liberté, consumant la propriété source de toutes les injustices... Personne ne la nommait à la cité, la révolution, personne ne parlait de la convergence des luttes, mais on la sentait venir dans ces flammes qui s'abattait contre les discours des dominants. Mais les dominants ne tomberont pas.
 Sept mois après le décès tragique de Zyed et Bouna, deux potes d'enfance finissent en taule pour trafic de stupéfiants. J'étais impliqué, plein de potes l'étaient... on faisait ça entre fratés ; mais quand la police est descendue, on a tous compris. Les affaires avaient eu raison de nos amitiés, et plus on s'enfonçait ensemble dans le crime (car c'est ce nom horrible, "crime", que la vente de cannabis et l'envie d'émancipation portent en droit français), plus on se rapprochait les uns des autres pour se protéger de la menace de la "Justice", plus notre amitié se délitait. Et quand la poulaille en Megane noire embarqua Momo et Twane, on avait tous compris qu'une histoire s'achevait là.

 Une page se tournait, un chapitre s'achevait, un livre se fermait... et je savais que c'était le moment de poser un point final à mon existence en France. Le temps de passer un bac littéraire option Arts Plastiques et c'est ainsi que nous voilà arrivé en...

  Juillet 2006. Aéroport de Bâle, en Suisse. Je sors de mon sac de sport mon MP3 dernier cri, acheté avec de l'argent bien mal acquis. Il contient les derniers albums à succès, et je ne me doutais pas alors que c'était la dernière fois - de mon vivant - que des rappeurs arriveront à avoir ce succès en France avec des textes de cette finesse. Trait pour trait de Sniper, Dans ma bulle de Diam's, Sang froid de Sinik, Au-delà de mes limites de Rohff et Ouest Side de Booba. Cinq albums qui allaient constituer ma seule attache à la France pour les années à venir. Je me souviens qu'en montant dans l'avion direction New York City, mes écouteurs m'exposèrent aux premières notes de "Pitbull" de Booba, ces notes de piano écrites par Jean-Philippe Goude pour Mistral Gagnant de Renaud, pinacle de la musique populaire française, samplées ici... Ma gorge s'est nouée, mais l'excitation de l'aventure a vite repris le dessus.
  J'ai passé un an à New York City, à servir dans un Café Français, utilisant mon accent de froggy pour me remplir les poches de pourboires. Un vrai pactole, que je ne dépensais pas... Économiser tout ce que je pouvais, dans l'espoir d'avoir de quoi m'installer un peu et enfin produire. Je n'ai pas rencontré grand monde, mais un client régulier me prêtait de temps en temps (voire assez souvent) des livres que je dévorais dans la nuit, sur lequel je réfléchissais pendant mon service, avant de passer une nuit à rédiger une petite critique que je lui rendais le lendemain. Il aimait ma plume, mes néologismes hérités du français, et s'intéressait à mon avis. J'appris plus tard, des années après avoir quitté NYC et totalement par hasard, qu'il était journaliste et critique d'art, et que nos échanges dans ce café avait probablement inspiré une belle quantité d'articles, d'édito, de critiques diverses. Enfin au bout d'un an j'avais près de vingt mille dollars américains dans une cassette, quand la ville fut secoué d'une secousse comme peu de secousse ont secoué une ville. Une secousse qui commençait à agiter tout le pays, et qui agitera le monde entier. Un nouveau record historique du Dow Jones. Qui un an plus tard allait être suivi d'une chute historique elle aussi. Mais pour l'instant, tout le monde feignait de ne pas voir la crise globale qui nous tombait sur la gueule et ne parlait que d'une crise immobilière... La Crise des Subprimes. On parlait d'un million de défauts de paiements. Le krach immobilier, après plus de six mois, s'abattait enfin sur la vie des consommateurs. J'ai quitté mon job, rassemblé le peu de bien accumulés depuis mon arrivé, et pris un nouvel avion vers l'autre côte de l'Empire Américain, pour achever définitivement de ruiner tout ce qu'il représentait dans mes rêves. Direction la cité des Anges.

  J'avais beaucoup changé en un an. Mes cheveux avaient poussé, un peu. Ma barbe aussi, un collier étroit de poils denses et très courts. J'avais pris l'habitude des chemises de garçon de café, des pantalons et chaussures de ville. Mais trois mois à Los Angeles suffisent à transformer un homme plus facilement que cinq ans ailleurs.

 Trois jours après être arrivé, je vivais dans un squat avec une bande de punk, anarchistes, vegans, anticapitalistes et antiracistes, trop fiers d'avoir un reubeu à la maison. Encore deux semaines et j'avais les cheveux rouges, et ma voix était enregistrée sur l'album autoproduit du groupe de hardcore d'un de ces gars. Quatre jours de plus et je changeais de squat, finissant là où le bassiste de l'album vivait. Pendant ma quatrième semaine à L.A., je couchais pour la première fois avec un homme, et aidais deux personnes à vendre de l'héroïne - dans le but de protéger ces petits gars. Sixième semaine, je commençais à produire mes premières toiles/bas-reliefs, des humanoïdes en train de copuler, à base de plastique fondu, sculpté et peint, et très vite je les colle à des murs, en pleine rue, à la rue de tous. Une espèce de vision déformé à la Francis Bacon des oeuvres de H.R. Giger. Ça semble choquer, on en parle dans des journaux. Neuvième semaine, dans un nightclub homosexuel que je commence à fréquenter (sous effets de l'ecstasy et du speed), je rencontre un jeune homme qui adore mes premières oeuvres. On en parle toute la nuit. Le dimanche soir, je suis appelé par un "rédac' chef" d'un blog pour une interview, je décline. Il insiste. Je décline. Le lendemain, je change de squat pour aller chez un mec rencontré en boîte, il m'invite à transformer son garage en atelier. De nouvelles œuvres plastiques poussent en ville sous mon inspiration. Érotisme glauque, toujours des références à Giger et Bacon, mais plus humain cette fois, dénonçant les dérives du puritanisme, de l'oppression de la femme et des minorités ethniques, en plaçant ces monstres sexuels dérangeant dans des lieux symboliques. Pendant une semaine j'arrive à en créer une par jour, les posant dans la nuit, mais la plupart de mes œuvres sont retirées dans la matinée qui suit leur installation. Pourtant, sur les réseaux sociaux (pas encore pollués par des algorithmes de sélection de contenus, des industriels, des politiques et des buzzfactories), dans certains journaux, à la radio, on montre mes personnages, on en parle. Le dimanche soir je sors en boîte, et je tombe sur le "rédac'-chef", désolé, je suis trop arraché pour répondre à tes questions.
Je suis un obsédé de la technique. Je prépare une scène de bataille montrant les monstres que j'avais déjà créés s'entre-déchirer sous le regard d'une centaines de masques représentant cent visages, cent minorités sans paroles, sous la dictature WASP.
"Aujourd'hui je trouve cette oeuvre maladroite, dans son idée, son concept, mais pour la première fois, la réalisation était parfaite. Si l'Art n'était que pure technique, pour la première fois j'aurais été fier." ai-je dit en interview peu de temps avant ma mort, à propos de cette statue. Un socle de six mètres sur trois, pour une statue culminant à un mètre soixante-deux du sol, que des amis keupons avaient baladée dans la ville, pour finalement l'abandonner sur la voie publique. Merci à eux !
 C'est le début du scandale, je suis à L.A. depuis trois mois jour pour jour. Tout le monde veut me tomber dessus : la presse, bien évidemment, l'infotainment américain, mais aussi la police (ou la justice, deux organes souvent mal mélangés), même les politiques en parlent... Alors je disparais. L'homme qui m'hébergeait répondra aux questions qui lui seront posés, maladroitement, incapable de comprendre ce qu'il s'est passé. Je n'ai jamais su ce qu'il était advenu de mon atelier dans son garage. Je survis en me prostituant dans des boîtes de nuit gay, et passe le reste de mon temps dans des squats, où je finis à l'héroïne, alterné avec ses substituts.
  Après plusieurs mois à m'éloigner de tout ceux que je connaissais déjà, enfermé dans une forme de "silence médiatique" comme on le dit pour les stars, une étincelle m'a ramené à l'envie de créer en février 2008. Une chanson fade, sans saveur, sans talent, presque énervante. "Yes We Can", de will.i.am, et son clip plein de célébrités témoignant leur amour à ce candidat démocrate. C'est vrai que ce Barack Obama était pour plusieurs personnes autour de moi un symbole d'espoir, métisse, démocrate, évoquant parfois la question sociale... face à l'autre crétin de McCain, et surtout sa candidate tarée à la vice-présidence, la Palin, raciste, sexiste, anti-IVG, anti-immigration, anti-interventionnisme, anti-taxe, américaine dans tout ce que ce continent propose de pire. Mais il m'était impossible de faire d'un homme qui allait être élu par Microsoft, Goldman Sachs et JPMorgan Chase mon héros... alors j'attendis. Et je préparais. Il me fallut longtemps pour produire ma performance, comprenant la réflexion autour de l'idée et le choix des moyens, le temps de réunir les matériau, de fabriquer ma maquette, mes statuettes et de prendre les clichés. Après plusieurs milliers de photos et des heures de montage sur un ordinateur vétuste peu enclin à la coopération, j'avais ce très-court-métrage en stop-motion d'une minute et demi montrant mon Obama caricatural en tenue sponsorisée Goldman Sachs tomber en parachute doré sur le toit de la maison blanche, avant de se déchirer de l'intérieur laissant échapper des monstres obscènes s'activant à des actes répugnants devant une shaky cam qui s'agite jusqu'à en tomber. Message allégorique pour les enfants de moins de dix ans, mais là c'était voulu, pour choquer, pour être compris... n'importe qui attentif aux détails pourra par contre voir fourmiller une quantité invraisemblable de symboles sur une durée de seulement 100 secondes, comme si tout un tas de propos sous-jacents avait été dissimulé en une course aux trésors, un jeu de piste fait de dizaines d'étapes et d'indices à réunir. Le court-métrage est simplement signé "Malik", bien que je n'utilisais plus ce nom depuis un moment. Je le mis en ligne le 31 décembre 2008, après un peu moins d'un an de travail, sur un certain nombre de plates-formes de partage de vidéos, ainsi que sur un blog qui répertoriait toutes les réactions autour de mes premières œuvres. Mais cela n'eut pas le succès de mes premières productions...

 Cela faisait deux ans que j'étais aux Etats-Unis d'Amérique. Mes cheveux était mi-longs, teints en rouge, je portais des piercings au nez, au labret, à l'arcade, des scarifications, des tatouages, j'épilais entièrement mon corps et avait abandonné définitivement la barbe. Méconnaissable. Je vivais dans des squats queercore. J'éditais pas mal de critiques artistiques pour le blog d'un de ces squatteurs, prônant au fil de ma plume une expression brute de notre propre violence, pour contrer celle que le système voudrait nous infliger. Le blog devint un journal, sur le net et en papier, et je pus faire découvrir les poètes trash qui m'entouraient, tous marqués par le punk, par Dennis Cooper, par Gaspard Noé, par l'envie de reprendre le pop art à la sauce Mortal Kombat pour y mettre toute leur douleur. Et de temps en temps, des photos de mes dernières oeuvres, des statues éro-gore toujours influencé par Giger mais toujours plus glauque et de moins en moins "robotique", moins métallique, illustraient certains poèmes publiés. Je pris également le temps d'écrire et composer trois albums, en langue anglaise, les deux premiers d'atmospheric/post-black metal, et le dernier de musique industrielle. Seul ce dernier sera joué à l'époque, par une formation montée pour l'occasion, les "Fryhjkraplh".
 Une routine d'écriture éditorialiste et de drogues consommées dans des squats, qui sera rompue dans l'été 2010 par un mail d'un Danois qui me demande les photos originales que j'utilise pour illustrer mes articles, ce à quoi je lui rend un lien vers mon blog, qui contenait (en plus des photos de mes statuettes illustratives) des extraits vidéos, audios et photos des prestations de Fryhjkraplh, ma vidéo pour l'élection d'Obama, les photos de mes œuvres subversives déjà vieilles de trois ans. Fin août, le Danois me renvoya un mail étrange, comme pour me "prévenir" du succès de mes œuvres, mais je n'y prêtais aucune attention... jusqu'à ce que tout au long de l'automne, de fin septembre au mois de décembre, je me vois petit à petit inondés d'e-mails parlant de mes œuvres, demandant des interviews, des droits de reproduction, des expositions. Un bordel monstrueux. J'ai vite répondu à mon Danois, qui m'intima de revenir en Europe.

  Le 18 décembre 2010, j'étais à Copenhague.

 Je suis resté 2493 jours au Danemark. Les 2493 derniers jours de ma vie. J'y ai produit des œuvres intenses, toujours traitant de la violence de l'humain, toujours très sexuelles. J'y ai trouvé une demeure, entre les squatteurs, la Christiania, les Black Bloc, le parfum de liberté que tant de lieux ici arrivent à capter. Même restant proche de nombreux mouvement punks anarchistes, je parviens à faire enregistrer mes deux albums de black metal, "Konstan II" et "Konstan III", produits en indépendant par des musiciens motivés à jouer ces compositions. Textes, musiques, voix additionnelles et artworks par Malik. Ils partent en tournée en Scandinavie, puis en Allemagne, en Pologne et en Espagne. Ils joueront même en France... mais rien ne pourrait me pousser à rentrer. Je n'ai pas envie d'aller voir de nouvelles choses. Je produis des œuvres sans concession, toujours exécutées avec une maîtrise parfaite des moyens techniques, me droguant pour extirper tout ce que je peux de mon esprit, fournissant une série de 13 performances entre 2011 et 2016 qui me vaudrons les salutations presque unanimes des critiques (lesquelles me définissent comme le "H.R. Giger queercore"), et qui me remettrons à flot financièrement pour longtemps, ainsi que plusieurs scénographies, et enfin une entrée dans le monde de la littérature avec un recueil de poèmes, en français, quintessence de tout ce que mes critiques littéraires m'avaient apporté, sélection d'une trentaine de textes écrits et réécrits tout au long de mes jeunes années, entre 14 et 29 ans. Le corpus intitulé "Viesex 2.0" est édité en France, par une maison d'édition dont je me désintéresse à jamais, en octobre '17. Oui, le centenaire de la révolution, mais aucun rapport.

 16 octobre 2017. Je suis rentré dans mon petit appartement dans la soirée, assez tôt. On m'a envoyé les premières critiques de Viesex 2.0. Dithyrambiques. Evidemment ça parle un peu de Dennis Cooper. Mais c'est tout... Putain ! "gnagnagna plume érotique sauvage... gnagnagna milieux punk et homo californiens... gnagnagna renouveau poésie... gnagnagna organique, sensitif, et bla et bla et bla !" et je pourrais passer des heures à leur vomir dessus ! Putain, et le côté gonzo ? il est où mon rythme de vie à faire se pisser dessus Hunter S. Thompson ? et l'influence de mille ans de littérature française ? ma fascination pour les chants de Maldoror ? ma rythmique jazz, parfois lancinante parfois endiablée ? ce tempo musical hérité des auteurs de la première moitié du XXe ? et les jeux de synesthésie ? l'érotisme des peintures de Francis Bacon faites mots, dans un autre contexte évidemment, c'était aussi ça, le jeu... Mais non, ça vomit des banalités, partout, la "presse spécialisée" ou "presse culturelle" n'a plus le moindre goût. Adieu la France... je ferme l'ordinateur.
 Premier fix. Pour me calmer. Et du bourbon frelaté, toute la soirée. Des joints et du bourbon. L'herbe m'aide. Mais je suis encore travaillé. Torturé par leur incompréhension. Encore un fix. J'aime le bourbon. Enfin je crois l'aimer. La nuit est tombée sur Copenhague. Ville de mon cœur depuis bientôt sept ans. Encore un fix. Tellement bon. C'est le deuxième non ? Non. Je ne sais pas si j'en ai repris un après celui-ci. Je ne sais plus rien. J'ai perdu connaissance. Pour rejoindre enfin le néant.

 29 ans que j'attendais la mort, la libération... tout ça pour ça.
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